Mayi-dogos contre Dogo-mayis. Ainsi est résumée toute l'absurdité d'une guerre prétendument tribale au coeur de l'Afrique équatoriale dans ce roman. A travers les regards croisés de deux
persoonnages, on assiste à la destruction d'une population par la guerre civile.
Les armes transforment l'enfant se surnommant Johnny chien méchant en un terrible milicien. A la lecture de ses actes de cruauté, on a du mal à voir en lui simplement un garçon manipulé
par des hommes politiques. De l'autre côté du fusil, la lycéenne Laokolé devient une réfugiée. Ses efforts pour sauver sa mère handicapée et son petit frère semblent dérisoires face à la violence
des combats.
Emmanuel Dongala ne nous fait entrevoir un espoir que d'un point de vue individuel. Un personnage ne peut s'échapper de ce pays déchiré que par la seule force de sa volonté. Les africains
sont condamnés à l'héroïsme ou la désolation.
Une adaptation cinématographique du roman va sortir fin 2008. Le documentariste Jean-Stephane Sauvaire le réalise et Matthieu Kassovitz le produit. Il faut espérer qu'ils vont conserver le
double-regard de Johnny chien méchant et de Laokolé qui donne une force certaine à l'histoire.
Dans Code vaudou, un assureur en faillite, Monroe, veut arnaquer cinquante millions de dollars à un négociant de bananes, Jackson. Il le pousse à investir sur une richissime clientèle
imaginaire dont il a enregistré les noms dans un fichier informatique. Pour le protéger, il a choisi comme mot de passe « vaudou » en souvenir de sa tendre nounou, Tata Zulie, qui
l'avait initié enfant. Cela s'avère être un bien mauvais choix quand les clients censés être morts depuis des années se manifestent auprès de la société d'assurance de Monroe pour se faire
rembourser de sinistres actuels. L'assureur mène alors une petite enquête dont il comprend petit à petit que l'enjeu est de sauver sa peau. Au fur à mesure que l'étau se resserre, Monroe en vient
à envisager les hypothèse les plus diverses, d'une vengeance à une malédiction punissant sa vie d'escroc... Jusqu'au retournement final.
Thierry Gandillot signe ici un petit roman à chute au rythme soutenu qui se lit d'une traite. Il passe alternativement de balades dans une Lousiane tragi-comique à l'introspection sur une vie
ratée, d'une cérémonie vaudoue à une enquête en bonne et dûe forme. L'auteur fait vite comprendre – dès les premiers chapitres – que le roman ne va pas creuser ses thèmes en profondeur. Il laisse
en fait des impressions réminiscentes comme après un rêve, ou plutôt un cauchemar, celui dans lequel s'enfonce Monroe au fil des pages. Si Code vaudou était un film, ce serait une bonne
petite série B. Mais préciser si elle pencherait plus vers le fantastique que vers le thriller, ce serait dévoiler le mystère.
« Pour sortir de Sambey Karang, Amuyaakar Ndooy décida de devenir sipikat. Ses gaays lui conseillèrent de
rester simple développeur avec eux. N'écoutant que son mbok, il se mit quand même à vendre balle sur
balle. Se mouchant fort et portant un grigri, il devint indispensable à tous les revendeurs de yamba de Dakar. Mais arrivèrent aussi la peur des douaniers prescionnés et le risque de finir à Boston. Malgré
tout, Ndooy accepta de livrer pour deux cents coups de canon de marchandise à un ngew. Pour pouvoir réussir ce coup, alors qu'en
plus l'amour s'en mêle et que les coys cherchent à le coincer, Amuyaakar Ndooy a besoin plus que jamais... de développer.
»
Voilà comment je résumerais La vie en spirale. Même si Ndione s'était contenté de jouer sur la langue, j'aurais dévoré son roman avec délectation.
Ndione nous décrit bien de manière attendue (mais alerte) le désoeuvrement d'une certaine jeunesse africaine dans une société largement corrompue. Néanmoins, il nous montre parallèlement son
héros, drogué devenu dealer, avoir la volonté de sortir de sa torpeur. Malheureusement, un des rares moyens laissés à sa disposition est le traffic. Au travers de ses réussites
invraisemblables et de ses échecs tragiques, Ndione fait un éloge au cannabis, à l'amitié et, discrètement, au devoir familial.